Suivi du front de colonisation des anguilles

Indice régional du front de colonisation des anguilles de moins de 150 mm 2019 : 70,9 km

Etat 2019 : picto mauvais  TRES MAUVAIS

Tendance : picto tendancend EN FORTE BAISSE

Source : FDAAPPMAs 22, 29, 35 et 56 - Mise à jour : 30/06/2020

Le front de colonisation est l'endroit le plus amont d'un cours d'eau où sont présentes les jeunes anguilles. La localisation de cet endroit fournit des informations sur la fluidité de la migration d'aval en amont.

Le front de colonisation varie selon les bassins versants

Les anguilles de moins de 150 cm disposent d'une capacité de reptation sur des parois quasiment verticales si celles-ci sont suffisamment humides. Elles adhèrent mieux au substrat que les grands individus. Cependant, les plus grands barrages demeurent totalement infranchissables pour elles aussi. 

  • En l'absence d'obstacle majeur à leur migration, les anguilles sont capables de parcourir de longues distances pour atteindre les zones favorables à leur croissance. Sur le bassin de la Vilaine qui est le plus long fleuve breton (230 km de sa source en Mayenne jusqu'à l'Atlantique), elles sont présentes jusqu'aux environs de Vitré, c'est-à-dire à 130 km de la mer.
  • En revanche, de nombreux bassins versants sont totalement inaccessibles pour les anguilles en raison de la présence de grands barrages, et ce, parfois à proximité de l'estuaire. C'est le cas sur le Biez Jean (barrages de Mireloup et de Beaufort), l'Arguenon (barrage de la Ville Hatte), le Gouët (barrage de Saint-Barthélémy), la Douffine (barrage de Pont de Buis), la Rance en amont de Rophémel, etc. Ces barrages ne sont pas systématiquement équipés de dispositifs de montaison, ni de dévalaison pour les anguilles.
  • D'autres barrages situés à l'aval des bassins versant sont équipés de passes pour les anguilles tels que les barrages de Pont es Omnes et de Bois Joli sur le Frémur (22/35), le barrage de Pont Rolland sur le Gouessant (22) ou le barrage du Moulin Neuf sur la rivière de Pont l'Abbé (29). Mais la dévalaison des anguilles argentées n'est pas toujours assurée.

Un front de colonisation évalué à partir des indices d'abondance anguilles

Sur des stations hors d'influence de tout obstacle et autres impacts anthropiques et réparties tous les 5 à 10 km le long depuis l'aval du bassin, des pêches à l'électricité sont réalisées depuis 2007 selon le protocole de pêche d'indices d'abondance anguilles, méthode dérivée des Echantillonnages Ponctuels d'Abondance (EPA) mise au point par l'Université de Rennes 1 (Pascal Laffaille), l'EPTB Vilaine (Cédric Briand), BGM (Marie-Andrée Arago et Gaëlle Germis) et l'AFB (Pierre-Marie Chapon) en collaboration avec les Fédérations de pêche de Bretagne. Ce suivi répond à trois objectifs :

  • Établir un état des lieux de la population d’anguilles en Bretagne,
  • Obtenir une tendance de l’état de la population,
  • Réaliser un suivi annuel sur le Gouessant (22) et le Couesnon (35).

Cette méthode permet de suivre les populations d'anguilles selon un plan d'échantillonnage déterminé par la largeur du cours d'eau. 30 points de 30 secondes minimum sont échantillonnés sur des secteurs où les hauteurs d'eau ne dépassent pas 60 cm.

Aujourd'hui, plus de 650 stations ont été échantillonnées et près de 200 réactualisées sur une vingtaine de bassins versants.

Description de l'indicateur

L'objectif du réseau de suivi est de suivre les variations annuelles du front de colonisation des anguilles de moins de 150 mm sur les cours d'eau bretons.

Les données utilisées

Ce suivi concerne la phase de colonisation active de l'anguille, c’est-à-dire les individus dont la longueur totale est inférieure à 300 mm. Cette fraction de la population est potentiellement présente sur l'ensemble du réseau hydrographique breton. Pour être plus discriminant, cet indicateur se concentre sur les anguilles de moins de 150 mm, qui représentent les individus récemment arrivés (depuis 1 à 3 ans maximum) et qui commencent la colonisation du bassin.

Le modèle de prédiction des anguilles

Dans le cadre de l'état des lieux de la population d'anguilles, un bassin a été échantillonné par département chaque année. Hormis dans le Finistère où cet état des lieux se poursuit, des stations ont été définies dans les autres départements et sont échantillonnées en moyenne tous les 3 ans pour suivre la population d'anguilles. Les stations ne sont donc pas été pêchées tous les ans.

Un modèle a été utilisé pour prédire le présence potentielle d'anguilles de moins de 150 mm sur les stations les années non suivies. Plusieurs Modèles Linéaires Généralisés (GLM) de type binomial ont été testés : ce type de modèle, s’utilisant sur des données de types comptage ou binaires (présence/absence), évalue les effets d’une ou plusieurs variables prédictives, l’année, la distance à la mer et/ou le bassin, sur des données réponse, ici la présence d'anguilles de moins de 150 mm.

Le modèle utilisé pour prédire le nombre d'anguilles est : glm(présence des anguilles < 150 mm ~ distance à la mer + année. A partir de ce modèle est prédit chaque année un indice régional, correspondant au front de colonisation moyen en Bretagne.

Les règles d'interpérétation de l'indicateur

La valeur de référence de l’indicateur du front de colonisation des anguilles de moins de 150 mm est celle de la première année de suivi (2006).
 
La situation du front de colonisation des anguilles de moins de 150 mm se caractérise par rapport à la référence, c'est-à-dire la première année de suivi. Il a été déterminé 5 classes :
  • ETAT TRES BON : la valeur est supérieure à 160% de la référence
  • ETAT BON : la valeur se situe entre 120 et 160% de la référence
  • ETAT MOYEN : la valeur se situe entre 80 et 120% de la référence
  • ETAT MAUVAIS : la valeur se situe entre 40 et 80% de la référence
  • ETAT TRES MAUVAIS : la valeur est inférieure à 40% de la référence
La tendance récente corespond au taux de variation du front de colonisation des anguilles de moins de 150 mm de l'année N  sur la moyenne internanuelle sur les 10 années précédentes. 5 classes ont été définies :
  • En forte hausse : la valeur annuelle a augmenté de plus de 20% par rapport à la moyenne interannuelle
  • En hausse : la valeur annuelle a augmenté entre 5 et 20% par rapport à la moyenne interannuelle
  • Stable : la valeur annuelle se situe entre - 5 et +5% de la moyenne interannuelle
  • En baisse : la valeur annuelle a diminué entre 5 et 20% par rapport à la moyenne interannuelle
  • En forte baisse : la valeur annuelle a diminué de moins de 20% par rapport à la moyenne interannuelle

La fiabilité de l'indicateur

L'indicateur est considéré comme fiable. La méthode de pêche utilisée pour le suivi des indices d'abondance anguilles est standardisée. Elle vise d'ailleurs tous les habitats et les classes de taille d'anguilles. Chaque station est de plus pêchée chaque année à la même période.

Quant aux prédictions, la densité dépendance comme la présence d’obstacles n'ont pas été testées. Ces variables peuvent pourtant influencer la répartition des anguilles et représentent donc un biais dans la méthode. Ceci étant, l'analyse des résidus ne traduit pas de tendance particulière.

Résultats du suivi du stock en place d'anguilles

L'indice breton du front de colonisation des anguilles de moins de 150 mm est de 70,9 km en 2019. Le front de colonisation des anguilles de moins de 150 mm est considéré comme très bon en 2019 (par rapport à la 1ère année de suivi - 2007). Il est en hausse par rapport à la moyenne des 10 dernières années.

 

Evolution de l'indice breton du front de colonisation des anguilles de moins de 150 mm entre 2006 et 2019

Les anguilles de moins de 300 mm, en phase de colonisation active, ont été capturées sur l'ensemble des stations suivies en 2019, exceptions faites de celles situées en amont des bassins de l'Odet et du Trieux qui n'ont pas été colonisés par ces fraction.


Répartition par taille des anguilles capturées sur les stations suivies en 2019

Télécharger la fiche régionale du suivi du front de colonisation des anguilles de moins de 150 mm en 2019