Une année avec La truite de mer ! Episode 3 - Le départ vers la mer

Publié le 30 Avril 2020 dans Actualités
Une année avec La truite de mer ! Episode 3 - Le départ vers la mer

Au printemps, une partie des jeunes truites qui ont grandi en rivière s’adapte à l’eau salée et migre vers la mer pour prendre le large. Ce processus, appelé smoltification, permet ainsi aux truites d’acquérir les capacités pour vivre dans le milieu marin. Au cours de cette période, elles s’imprègnent de l’odeur de la rivière pour la retrouver le moment venu…

Pourquoi certaines truites partent en mer tandis que d’autres passent toute leur vie en eau douce ?

Il n'existe pas de différence génétique entre les formes "marine" et "eau douce" de la truite impliquant des relations biologiques et fonctionnelles importantes entre les deux formes. Le caractère migratoire n'est en fait que pour partie héritable, c'est-à-dire que la truite a la capacité de développer une forme biologique à partir d'une autre. Un individu, issus de parents "eau douce", pourra donc suivre le même chemin que ses parents ou devenir une truite de mer ; ou vice-versa. Toutefois, la probabilité qu'un individu devienne une truite de mer est toutefois plus élevée lorsque ces parents sont truites de mer.

Dans les cours d'eau côtiers, il n'existe, par ailleurs, pas deux tactiques de vie distinctes chez la truite mais un continuum depuis la sédentarisation dans le ruisseau de naissance jusqu’à la migration en mer, s'exprimant à la fois dans le temps (âge de maturation, espérance de vie) et dans l'espace (distance de migration). Ces tactiques sont sous le contrôle du taux de croissance aux stades juvéniles et diffèrent selon le sexe et l'année.

Les conditions environnementales en eau douce et mer (concurrence, alimentation, croissance, prédation,…) régissent également le choix des individus à migrer ou non vers la mer.

Pour en savoir plus sur l’effet de l’environnement sur les traits d’histoire de vie de la truite, rendez-vous fin septembre

 Les grands préparatifs du départ

C’est une véritable métamorphose qui s'opère chez la jeune truite, placée sous contrôle hormonal et nerveux, et influencée par la température, la photopériode et le débit. Le juvénile de truite de mer, comme le saumon, met en place au printemps des mécanismes d'adaptation à l'eau de mer (smoltification). Cela se traduit par des changements physiologiques, morphologiques (robe argentée) et comportementaux (migration en banc vers la mer).

La smoltification chez la truite est moins prononcée que chez le saumon atlantique et peut être réversible. Il a par ailleurs été montré que le juvénile de truite de rivière peut passer en mer sans smoltifier à partir d'une taille de 14 cm.

1 - S’adapter à l’eau salée

Normalement, un poisson d'eau douce ne peut pas survivre dans l'eau de mer : le tacon de truite verrait en milieu salé ses cellules se ratatiner ! Pour survivre dans ce nouveau milieu, l’activité des branchies, principale surface d'échange entre le poisson et l'eau environnante, s'inverse et s'amplifie pour permettre l'élimination à venir des sels marins.<

2 – Survivre à la vie en mer

Le corps s'allonge, les nageoires se décolorent et la robe devient très brillante  (homéochromie) pour favoriser son camouflage en mer et surtout renforcer la protection physique vis-à-vis de l'eau de mer. La truite va voir son agressivité diminuer. Son comportement de nage face au courant et de territorialité disparaissent.

3 – Grandir vite

La croissance rapide du smolt est très liée à l'acquisition de l'euryhalinité c’est-à-dire la capacité à supporter à la fois les milieux d’eau douce et d’eau de mer et à s'y adapter. Le smolt, encore en eau douce, présente déjà une accélération de croissance qui se poursuivra par une croissance marine très rapide.

4 – Mémoriser sa rivière de naissance

Au cours de cette période, les smolts s'imprègnent des caractéristiques de la rivière pour la retrouver lors de la migration de retour (phénomène de homing). De nouveaux flux hormonaux s'établissent, avec notamment une forte production d'hormones de croissance ainsi que de substances renforçant la mémorisation de l'environnement – température, hydrodynamisme, odeur (ce qui permettra au poisson devenu adulte de retrouver SA rivière).

C'est parti !

Suivant les ressources alimentaires disponibles et la densité de juvéniles, les tacons restent 1 à 3 ans en eau douce avant de dévaler vers la mer. La smoltification a transformé la jeune truite en smolt, apte à s’adapter, croître et survivre dans un milieu totalement différent de celui où elle est née et a grandi. Maintenant, elle « survit » en eau douce : elle quitte alors le cours d’eau dans lequel elle se trouve en situation de stress… La dévalaison des smolts de truite se déroule au printemps entre mars et avril sous l’influence de la température, du débit et de l’âge de l’individu, les plus âgés dévalant en premier. Il existe une « fenêtre physiologique » (capacité d’adaptation à l’eau salée) et une « fenêtre écologique » (conditions environnementales – température, oxygène, polluants – dans l’estuaire) qui synchrones, permettent aux smolts d’entrer en mer dans des conditions optimales de croissance et de survie.

Des travaux sont actuellement menés pour comprendre l’influence relative des stratégies migratoires en mer et des facteurs environnementaux sur la connectivité entre populations des côtes françaises de la Manche. Ces études montrent un large continuum de comportement depuis la résidence complète en eau douce jusqu’à l’anadromie. Ces comportements migratoires dépendraient du paysage marin et de la qualité des habitats marins (ressources trophiques).

Les truites de mer resteront 4 à 14 mois en mer - préférentiellement près des côtes - avant de remonter son cours d’eau natal pour s’y reproduire.

  … Prochain épisode fin mai