Vers une nouvelle stratégie de gestion du saumon en Bretagne

Publié le 22 Juin 2020 dans Actualités
Vers une nouvelle stratégie de gestion du saumon en Bretagne

Réunis au sein du pôle R&D sur les poissons migrateurs, l'OFB, l'INRAe, l'Institut Agro et l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA) ont décidé d'oeuvrer conjointement dans le cadre du projet RENOSAUM (RENOvation de la stratégie de gestion du SAUMon en Bretagne) pour définir de nouvelles limites de conservation pour les populations de saumon bretonnes en vue de définir un nouveau modèle de gestion du saumon en Bretagne.

 

Le projet RENOSAUM se décline en 2 phases de travail :

Phase 1 : La définition des limites de conservation (2017-2019)

En juin 2019, le COGEPOMI a validé la définition de nouvelles limites de conservation du saumon qui reposent sur une définition simple de la conservation : limiter le risque de faibles recrutements en juvéniles de saumon. Sachant que le recrutement varie fortement et aléatoirement, même en contrôlant le nombre de reproducteurs, un événement de faible recrutement peut toujours survenir. Ainsi, les nouvelles limites de conservation sont définies comme le nombre de reproducteurs qui permet de maîtriser le risque d'un faible recrutement.

En accord avec les recommandations internationales de l’Organisation pour la Conservation du Saumon de l’Atlantique Nord (OCSAN), cette nouvelle définition :

  • prend en compte le contrôle d’un risque, celui de produire de faibles recrutements,
  • donne la priorité à la conservation de l’espèce et non plus à la maximisation des prélèvements (comme dans la gestion actuelle par TAC).

Application en Bretagne

Pour les rivières bretonnes, le COGEPOMI Bretagne a retenu la définition opérationnelle de la conservation suivante :

« Ne pas risquer d’être en dessous de la moitié de la capacité d'accueil plus d'1 année sur 4 ».

NB : La capacité d’accueil correspond à la production de juvéniles que l’on pourrait obtenir en moyenne si le nombre de géniteurs n’était jamais limitant (toujours très grand).

Exception faite sur le Léguer et l’Elorn où une ambition complémentaire est ciblée : « Ne pas risquer d’être en dessous de 75 % de la capacité d'accueil plus de 2 années sur 5 ». Sur le Blavet et l’Aulne, rivières canalisées, une réflexion complémentaire sera à mener.

 

Pour en savoir plus : lien vers la page RENOSAUM du site Internet de l’Observatoire des poissons migrateurs

Phase 2 : Définition d’un nouveau modèle de gestion (2020-2021)

Dans un optique de gestion donnant la priorité à la conservation, il convient de limiter l’exploitation. 3 options de régulation de l’exploitation par pêche du saumon sont identifiées :

  • Limiter les prélèvements en-dessous d’une quantité fixe chaque année (dispositif actuel avec une gestion par TAC chaque année et une fermeture de la pêche si le TAC est atteint)

système appliqué en France (Bretagne / Normandie), Norvège, Finlande et Irlande

  • Limiter le taux d’exploitation en-dessous d’un niveau fixe chaque année :

Dans ce cas, la fermeture de la pêche peut être calée en fonction du rythme de remontée des adultes pour s’assurer qu’une certaine proportion de la population échappe aux prélèvements. Cette option nécessite de déterminer le rythme de remontée ce qui peut être fait à partir des données aux stations de comptage existantes (Aulne, Elorn et Scorff).

 

Exemple : Ne pas prélever plus de 15 % des adultes qui remontent la rivière

 

Système appliqué pour le saumon du Pacifique

  • Assurer un échappement reproducteur au-dessus d’un niveau minimum chaque année :

Dans ce cas, la pêche n’est ouverte que si la limite d’échappement est dépassée. Les années où les retours sont inférieurs à la limite d’échappement reproducteur, la pêche est interdite. Cette option ne peut être mise en œuvre efficacement que sur les rivières possédant des stations de comptage (Aulne, Elorn et Scorff) car elle nécessite de suivre en continu les retours d’adultes pour caler la date d’ouverture.

 

Exemple : S’assurer qu’au moins 150 reproducteurs sont remontés dans la rivière avant d’exploiter

 

Système préconisé par le CIEM (Conseil International pour l’Exploration de la Mer)

 

A titre de première illustration, 2 scénarios par option de régulation ont été testés par l’INRAe :

  • Scénario pro-conservation : On ne peut pas exploiter plus que ce que l’on exploite en moyenne depuis 10 ans

Exemple : Pour l’option de régulation « limiter les prélèvements », le TAC est fixé aux prélèvements moyens observés ces 10 dernières années (un TAC castillon et un TAC saumon de printemps).

  • Scénario à exploitation plus intense : On ne peut pas exploiter plus de 3 fois ce que l’on exploite en moyenne depuis 10 ans

Exemple : Pour l’option de régulation « limiter les prélèvements », le TAC est fixé à trois fois les prélèvements moyens observés ces 10 dernières années (un TAC castillon et un TAC saumon de printemps).

 

Ces 6 scénarios (3 options de régulation x 2 scénarios) ont été comparés à 3 scénarios de référence :

  • Scénario sans pêche
  • Mode de gestion actuel (limitation des prélèvements aux TAC actuels dans les conditions actuelles d’intensité de l’exploitation)
  • On exploite 3 fois plus intensément qu’avec le mode de gestion actuel

Ces 9 scénarios sont évalués à l’aide de critères de performances relatifs à :

  • La conservation : Un seul critère a été choisi, le risque de produire de faibles recrutements en conformité avec la définition de la conservation retenue par le COGEPOMI.
  • L’exploitation : 4 critères de performances ont été définis, à savoir, les prélèvements moyens de castillons et de saumons de printemps et la probabilité de capturer 3 fois moins de castillons et de saumons de printemps que ces 10 dernières années.

Les simulations réalisées suivant les scénarios définis ci-dessus permettent de distinguer 3 groupes de rivières :

  • Le groupe « Penzé / Goyen / Ellé / Scorff / Léguer** / Elorn** » pour lequel la conservation est toujours respectée pour chacun des scénarios testés.
  • Le groupe « Couesnon / Douron / Aven / Blavet* » pour lequel le respect de la conservation dépend du scénario considéré.
  • Le groupe « Odet / Aulne* / Mignonne-Camfrout-Le Faou / Queffleuth / Yar / Jaudy / Trieux / Leff » qui ne respecte jamais la conservation pour aucun des scénarios testés.

* : Une réflexion particulière sera à mener sur les rivières canalisées de l’Aulne et du Blavet ; ni la conservation ni les limites n’ont été définies. Pour autant, dans le cadre de cet exercice, la définition de la conservation utilisée est la même pour toutes les rivières à savoir, « ne pas risquer d’être en dessous de la moitié de la capacité d’accueil plus d’1 année sur 4 ».

** : Le Léguer et de l’Elorn n’atteignent cependant pas actuellement la cible plus ambitieuse retenue par le COGEPOMI « Ne pas risquer d’être en dessous de 75 % de la capacité d'accueil plus de 2 années sur 5 » et ce quel que soit le scénario testé.

Calendrier

À partir de ces exemples, qui n’ont à ce stade qu’une vocation illustrative de la démarche de travail mise en œuvre, une phase de concertation va être menée à partir du 2ème semestre 2020 au niveau départemental auprès des instances de la pêche pour se positionner par rapport aux différentes options de régulation, en particulier en termes d’acceptabilité et de mise en œuvre. Des nouveaux scénarios de gestion pourront également être proposés.

Suite à la phase de concertation, les propositions remontées par les structures de la pêche seront testées par l'INRAe. Les résultats de ces nouvelles simulations seront présentés et discutées à partir de fin 2020 au sein du COGEPOMI en vue de définir et valider un nouveau modèle de gestion du saumon en Bretagne à appliquer à partir de 2022.

 

Le projet RENOSAUM est piloté par l’INRAE en collaboration avec l’OFB, l’Institut Agro et  et encadré par le COGEPOMI (Comité de gestion des poissons migrateurs) des cours d’eau bretons. Un comité de suivi dont Bretagne Grands Migrateurs (BGM) fait partie suit de manière opérationnelle le projet. Au sein du COGEPOMI, le projet est suivi par le groupe de travail Saumon du COGEPOMI. Les décisions sont prises par le COGEPOMI des cours d’eau bretons.

 

Le présent article a été rédigée à partir d'une note écrite par BGM, en collaboration avec l'INRAe, suite à la réunion du groupe de travail SAUMON du COGEPOMI de cours d'eau bretons. Elle présente l'avancée du projet à la date du 14 février 2020 et les prochaines étapes à venir.

 

Le contenu de cet article n'est pas un document officiel du COGEPOMI.